Découvrir son chien en train de manger ses propres crottes, ou celles d'un autre animal, a de quoi dégoûter et inquiéter. Rassurez-vous : ce comportement, appelé coprophagie, est beaucoup plus courant qu'on ne le pense, et il a presque toujours une explication. Dans la plupart des cas, il n'est pas dangereux, mais il peut parfois cacher un vrai problème de santé. Voici pourquoi votre chien fait cela, et surtout comment l'aider à arrêter.
La coprophagie, c'est quoi au juste ?
La coprophagie désigne le fait de manger des excréments, les siens ou ceux d'autres animaux. Chez le chien, ce n'est pas une perversion ni un signe de méchanceté : c'est un comportement qui trouve ses racines dans la nature. Une chienne qui vient de mettre bas nettoie ses petits en mangeant leurs déjections pour garder le nid propre. Les chiots, eux, explorent le monde par la gueule et passent souvent par une phase de coprophagie qu'ils abandonnent en grandissant.
Le problème se pose quand le comportement persiste chez le chien adulte, ou apparaît soudainement. Il faut alors en chercher la cause.
Le cas du chiot : une phase souvent passagère
Chez le chiot, la coprophagie fait souvent partie de l'exploration normale, et disparaît la plupart du temps avant l'âge d'un an. Ce n'est pas une raison pour laisser faire : plus l'habitude s'installe, plus elle est difficile à défaire.
Avec un chiot, misez sur trois réflexes : ramasser immédiatement après chaque besoin, féliciter et récompenser dès qu'il a fait ses besoins au bon endroit pour attirer son attention vers vous plutôt que vers la crotte, et ne jamais le gronder pour un accident de propreté. C'est justement la peur de la punition qui pousse beaucoup de chiots à « faire disparaître les preuves ».
Pourquoi mon chien mange-t-il ses crottes ?
Les raisons se répartissent en deux grandes familles : comportementales et médicales.
Du côté du comportement :
- L'ennui et le manque de stimulation. Un chien qui passe de longues heures seul, sans activité, peut se tourner vers ses crottes par désœuvrement.
- La recherche d'attention. S'il a remarqué que ce geste vous fait réagir vivement, il peut le reproduire pour obtenir votre attention, même négative.
- La peur de la punition. C'est un point essentiel et souvent contre-productif : un chien qu'on a grondé pour avoir fait ses besoins au mauvais endroit peut apprendre à faire disparaître les preuves en les mangeant. La punition aggrave alors le problème au lieu de le résoudre.
- La faim ou une alimentation inadaptée. Un chien sous-alimenté, ou nourri avec un aliment peu digestible, peut chercher à compléter ses apports.
Du côté médical :
- Une mauvaise assimilation des nutriments. Si les aliments sont mal digérés, les crottes conservent une odeur appétissante pour le chien.
- Des parasites intestinaux qui détournent une partie des nutriments.
- Un déficit en enzymes digestives (notamment d'origine pancréatique).
- Certaines carences ou troubles métaboliques.
C'est pourquoi une coprophagie qui apparaît brutalement chez un chien adulte qui n'en faisait pas mérite toujours un avis vétérinaire : elle peut être le premier signe d'un souci digestif.
Est-ce dangereux pour sa santé ?
Manger ses propres crottes fraîches présente un risque limité. En revanche, consommer les excréments d'autres animaux (autres chiens, chats, animaux sauvages) expose votre chien à des parasites (vers, giardia) et à des bactéries. C'est donc un comportement à encadrer, surtout en promenade.
Côté hygiène, pensez aussi à vous : un chien coprophage qui vous lèche le visage juste après n'est pas idéal. Raison de plus pour agir.
Le chien qui fouille la litière du chat
C'est l'une des formes les plus fréquentes de coprophagie : les crottes de chat, riches en protéines, attirent beaucoup de chiens. En plus du risque de parasites, un chien qui avale de la litière agglomérante peut s'exposer à des troubles digestifs.
La solution la plus efficace est matérielle : rendez la litière inaccessible au chien. Placez-la en hauteur, dans une pièce fermée par une barrière que le chat franchit mais pas le chien, ou utilisez un bac couvert avec l'entrée tournée vers le mur. Nettoyez-la aussi plus souvent : moins il y a de crottes, moins la tentation est forte.
En balade : attention aux crottes de cheval
Les crottes de cheval sont un grand classique des promenades à la campagne. Le problème ne vient pas seulement des parasites : les chevaux sont régulièrement vermifugés, et certains vermifuges (comme l'ivermectine) passent dans le crottin frais. Chez les chiens porteurs d'une sensibilité génétique, fréquente chez le colley, le berger australien, le berger blanc suisse ou le berger des Shetland, ces molécules peuvent provoquer des troubles neurologiques graves.
Si votre chien appartient à l'une de ces races et a avalé du crottin, surveillez-le de près et appelez votre vétérinaire au moindre signe anormal (tremblements, démarche ébrieuse, pupilles dilatées).
Comment arrêter la coprophagie : la méthode
Il n'existe pas de solution miracle unique, mais une combinaison de gestes qui fonctionne dans la grande majorité des cas.
- Vérifiez l'alimentation. Une nourriture de qualité, bien digestible et adaptée à votre chien, réduit souvent le problème à la source. Si vous avez un doute, parlez-en à votre vétérinaire.
- Ramassez immédiatement. La règle la plus efficace : pas de crotte accessible, pas de coprophagie. Nettoyez le jardin et ramassez aussitôt en promenade.
- Ne punissez jamais. Gronder votre chien renforce souvent le comportement (peur, recherche d'attention). Misez plutôt sur le renforcement positif : récompensez-le quand il s'éloigne de ses crottes ou revient vers vous.
- Enrichissez son quotidien. Plus de promenades, de jeux d'occupation, de jouets distributeurs de nourriture : un chien stimulé mentalement s'ennuie moins et cherche moins ce type de comportement.
- Apprenez le « laisse » ou le « viens ». Un ordre fiable vous permet de détourner son attention avant qu'il n'atteigne la crotte.
- Méfiez-vous des remèdes miracles. Les additifs censés rendre les crottes « répugnantes » (à base d'ananas par exemple) donnent des résultats très inégaux et ne traitent pas la cause. Ils peuvent dépanner, mais ne remplacent ni une bonne alimentation ni l'éducation.
Apprendre le « laisse » pas à pas
Cet ordre est le plus utile contre la coprophagie, et il s'apprend en quelques séances de cinq minutes :
- Fermez une friandise dans votre main et présentez la main fermée à votre chien. Il va renifler, lécher, gratter : ne dites rien et attendez.
- Dès qu'il détourne la tête ou recule, même une seconde, dites « laisse » puis récompensez-le avec une autre friandise, tirée de l'autre main.
- Répétez jusqu'à ce qu'il détourne la tête aussitôt la main présentée.
- Posez ensuite la friandise au sol, en la couvrant de la main si besoin, et recommencez.
- Passez enfin à l'extérieur, en laisse, en passant à distance d'une crotte et en récompensant généreusement chaque fois qu'il vous regarde au lieu de s'y diriger.
La règle d'or : il ne doit jamais obtenir l'objet qu'on lui a demandé de laisser, mais toujours quelque chose de mieux venant de vous.
Combien de temps pour voir des résultats ?
Comptez en général quelques semaines de constance. Le plus important est la régularité : ramasser à chaque fois, récompenser à chaque fois, et ne jamais laisser une occasion « gagnante » au chien, car un seul succès suffit à relancer l'habitude. Si rien ne change après un mois d'efforts cohérents, demandez l'avis d'un vétérinaire ou d'un éducateur canin.
Quand consulter un vétérinaire ?
Prenez rendez-vous si :
- la coprophagie est apparue soudainement chez un chien adulte ;
- elle s'accompagne d'une perte de poids, de diarrhées ou d'un appétit dévorant ;
- votre chien mange aussi d'autres choses non comestibles (terre, cailloux, tissus), ce qui évoque un trouble appelé pica ;
- le comportement persiste malgré tous vos efforts.
Le vétérinaire pourra rechercher des parasites, vérifier la digestion et écarter une cause médicale avant d'envisager un travail purement comportemental.
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En résumé
La coprophagie chez le chien est un comportement fréquent, rarement grave, mais qui mérite qu'on en cherche la cause plutôt que de le subir. La stratégie gagnante tient en quatre points : une alimentation de qualité, un ramassage systématique, aucune punition, et plus de stimulation au quotidien. Mettez la litière du chat hors de portée, méfiez-vous du crottin de cheval avec les races sensibles, et entraînez l'ordre « laisse » pendant quelques semaines. Et si le comportement est nouveau ou s'accompagne d'autres symptômes, le vétérinaire reste votre meilleur réflexe.
Votre chien est-il plutôt coprophage à la maison ou seulement en balade ? Identifier le contexte est souvent la première clé pour régler le problème durablement.








